
Tim Buckley - Strange Feelin' (MP3)
Tim Buckley - Buzzin' Fly (MP3)
Tim Buckley - Love From Room 109 at The Islander (On Pacific Coast Highway) (MP3)
Peut-être qu’en 2007, nous autres campeurs avons plus besoin de vivre notre destinée que d’écouter les autres confesser leurs fantasmagories, leurs hallucinations dans l’état onirique sincère ou même dans l’état oniroïde. La vie, n’est pas assez courte pour s’installer confortablement sur son rocking-chair fictif et voir ( écouter / lire ) les autres la vivre ? C’est ce qu’on pense ou du moins ce qu’on dit, mais toujours est-il qu’espérant bien vivre, en a tendance quand même de penser que lire par exemple des dramatiques du théâtre élisabéthain de Shakespeare ou se laisser ballotter les sens par les Paradis Artificiels de Baudelaire, est un acte civil qui témoigne de notre attachement à la culture, elle-même signifiante d’une [...] vie. Mais qu’en est-il de ces œuvres ? Ne sont-elles pas leurs propres pérégrinations chimériques ou, souvent, leurs autobiographies artistiquement exprimées. La vie n’est elle pas le don de l’artiste ? J’en suis sûr qu’on trouverait une œuvre d’art autour de chaque humain encore en vie si on arrête pour un instant de chercher le bonheur. Ce bonheur même que les icônes du Rock dûment rater en s’abattant dans leurs vies marquées par la drogue, l’alcool, les femmes dangereusement ambitieuses et le vagabondage. Un style de vie qui fait la poésie même de cet art populaire majeur du dernier siècle.
Des cadavres par dizaines, de Brian Jones à Kurt Cobain en passant par Jimi Hendrix, Nico, Jim Morrison, Keith Moon et beaucoup d’autres que l’histoire a balayés. Véritables légendes ou simples porteurs de dons incontrôlables, submergeant de terreau noir, certainement toujours fragrant mais parfaitement terne, perpétrant des performances hier spectaculaires, aujourd’hui anodines.
Lui il en fait partie, prisonnier de l’expérience a l’objet imaginaire, le psychisme humain de Tim Buckley prend l’appréhension du réel vers un rêve évasif motivé par une conscience imageante mais significative. Après deux albums, Tim avait bâti sa réputation essentiellement sur sa voix qui jongle sur une gamme vocable remarquable de cinq octaves, qu’il utilise souvent comme un autre instrument d’un folk de culte pourtant déjà assiégé par un certain Nick Drake.
L’homme a la voix angélique n’a jamais cessé d’expérimenter la musique : folk, pop, (psychédelic)-rock avant de déclarer son attachement a un style qui l’accompagna jusqu'à la fin de sa carrière, je veux dire de sa vie. Même s’il est déjà charmé par les travaux de Charles Mingus et Thelonious Monk , c’est le Jazz modal qui prend de l’ampleur sur Happy Sad du simple fait que Lee Underwood (guitare) bras droit de Buckley est un fasciné par la musique de Miles Davis -on remarquera quelques accords du Fameux All Blues sur Strange Feelin' - procurant à Tim un terrain propice a l’imaginaire conjugué à son sens infus de l’improvisation de par les perspectives que porte le Free-jazz. Le résultat est une production majestueuse pour un comportement paraphrasant une liberté dans l’interprétation de six morceaux enregistrés pour la plupart en une seule prise.
Avec sa folky à 12 ficelles et une voix contrôlée au niveau d’un thorax bouillonnant d’une tristesse étrangement sous-jacente, il inaugure l’odyssée avec Strange Feelin’ qui elle-même prélude avec quelques carillons atonaux convenablement délicats sur le vibraphone de Davis Freedman et même avant la première ligne vocale de Buckley on sait dores et déjà que c'est une musique qui va nous emmener à un endroit différent... Quelque part où la tristesse et la joie cohabitent et font du rêve une œuvre d’art élucidant une mélancolie qu’on retrouve sur Buzzin Fly après 7 :41, à bit more energetic, mais d’une résonance pop-romantique quasi-simple permettant la transition à Love From Room 109 At The Islander [On Pacific Coast Highway] l'un des deux axes de l’album, la voix singulièrement dramatique sur une octave plus bas d’un homme plus enjôleur et romantiquement enivré que jamais, s’étendant sur 10 :49 D’hallucinations parnassiennes vigoureusement exaltantes, des inquiétudes plus sombres de solitude et d’un désir ardu accompagnées par des cordes sur l’une des chansons jazz les plus vertueuses que j’ai écouté : Oh, how can my giving find the rhythm and the time of you / Unless you sing your songs to me / The smell of your sweet skin does entangle my dream / Oh may I stand here awhile living your smile.
Dream Letter est une missive touchante d’un père absent à un fils naissant, que ce dernier n’hésita pas la lui rendre trois décennies plus tard. Sur ce tour de force musical et vocal, le deuxième axe de l’album, Gypsy Woman[1] peut être sa chanson la plus populaire, elle est d’une urgence et profondeur fournies par l'addition du congas de Carter Collins et par David Friedman qui change au marimba. La guitare électrique de Lee Underwood est autorisée à se dégager, il y a même un épisode quasi-oriental avec une acoustique complètement détonnée. Sur ce travail de douze minutes dépassées, Buckley est a cheval et vient défier les Orientaux sur leur façon de chanter. Il négocie avec ces appétences sensuelles, ses méchants cris d’une voix de garçon lancinée et torturée, ses braillements et mugissement, a ce niveau-là… Les hommes ne savent pas, mais les petites filles comprennent…
Un dernier coup de corde et nous nous retrouvant complètement délaissés à notre faim, la fin commence avec un air des plus sucré ici : Sing a Son For You l’épisode le plus délicat et honnête, c’est une fin fine à tout ça, du meilleur album de Tim Buckley peut-être, mais certainement de l’un des meilleurs de ce siècle.







